Je suis au crépuscule de ma carrière. Trente-quatre ans d’enseignement en collège et lycée général, pratiquement dans le même établissement. Histoire et Géo. Je pense honnêtement avoir toujours fait largement mon temps de travail qui ne se résume pas au 18/18èmes devant élèves : heures à corriger des bacs blancs de TES, conseils de classes, journées pédagogiques, étés à préparer un nouveau programme, samedis matin en réunion de parents, défilé des réformes et des modes pédagogiques qui obligent à se plier à des injonctions officielles ou qui invitent à des initiatives pédagogiques parfois intéressantes, parfois farfelues. Ainsi pêle-mêle : pédagogies par objectifs, ateliers de méthodologie en seconde, sécurité routière en cinquième, très fameux socle commun des compétences, smalah du numérique, histoire des arts, tableau blanc interactif bien après la carte murale et les projecteurs diapos, puis rétros puis vidéos, stages de formation pour maîtriser l’incontournable outil informatique. La liste pourrait être plus longue et a pour but de démontrer que la carrière d’un enseignant n’a rien d’un ronron besogneux.
Annualiser mon temps de travail comme le suggèrent ces « réfléchisseurs » de l’institut Montaigne ? Mais il est déjà annualisé mon temps de travail ! Même au cœur de l’été, en plein mois d’août mon esprit pense à la rentrée prochaine, au cours qu’il va falloir retravailler et que l’on reconstruit dans sa tête allongé sur sa serviette de plage. Le pire depuis quelques années c’est l’intrusion insidieuse du travail au plus privé de ma maison. Quand je lis mon courriel à dix heures du soir et que je me surprends à compléter le cahier de texte en ligne de la cinquième violette sur un ordinateur que j’ai payé avec mon argent, abonnement internet compris, je me dis : « ça suffit ! ».
Je ne sais pas qui sont ces messieurs-dames de l’institut Montaigne mais des fourmillements me gagnent et, si ce n’était pas interdit par la réglementation du code de l’éducation, je leur botterais volontiers le derrière.

8 Responses to Annualiser le temps de travail des enseignants, une suggestion de l’institut Montaigne Témoignage et réaction de Charles D***, professeur à Toulouse

  1. De la Véga dit :

    Les scientifiques de la république ne savent plus quoi inventer pour faire trimer les Français. A en croire l’article, les enseignants sont des tirs au flan alors qu’il y a peu on pouvait lire dans la presse qu’ils travaillaient en moyenne 43 heures semaines et que pour une majorité d’entre eux les « vacances » étaient mises à profit pour corriger et réparer les semaines de cours à venir!
    Et voilà que l’Institut Montaigne, j’aimerais bien les voir ces tatoués aux cheveux longs, ne trouve rien d’autre que d’imaginer annualiser le temps de travail des profs. C’est à croire que ces messieurs dames veulent jeter le discrédit sur la profession!
    Moi je ne dirai rien mais je leur laisse simplement cet exemple: j’ai 20h de cours par semaine plus les préparations et corrections, quelques conseils de classe (bien plus nombreux que dans le public!)et un souvent quelques parents à rencontrer. Je ne suis pas à l’école le mercredi après-midi ni le vendredi. Un vendredi du mois d’octobre on m’a demandé si je voulais accompagner le voyage en Angleterre des 5e, puisque je ne « travaillais » pas. Me voilà nommé bénévole! Départ 6h30, retour 23h. J’ai été bénévole forcé pendant 14h30. Je pense avoir fait beaucoup plus de travail qu’un salarié à 35h. A ces réfléchisseurs de l’Institut Montaigne, j’adresse une invitation à venir partager ma vie d’enseignant pour qu’ils se rendent compte que s’ils annualisaient mon temps de travail, alors il faudrait abaisser mes heures de cours de la semaine à 10!!!!! Je suis convaincu que si mon temps de travail était annualisé, je travaillerai moins qu’aujourd’hui! Dans le cas des enseignants du privé, annualisation ne veut pas dire travailler plus quand on prend en compte toutes les missions qui nous sont imposées.

    • Pepette dit :

      Je pense que vous n’avez pas tout compris. ce qu’on veut annualiser, c’est juste le salaire.
      Comme pour les enseignants du premier degré.
      Payé à l’année, taillable et corvéable à merci. Eh oui, tout est compris dans le prix: surveillance, réunions, conseils, parents, j’en passe.
      Mais ce serait justice: pourquoi nous et pas vous?

  2. MAUDUIT dit :

    Je souscris à chaque mot, à la virgule près, de Mr Charles D . de Toulouse. J’ai aussi débuté dans la « carrière » il y a 34 ans, vécu mille et une réformes, ai dû également acheter mon propre ordi, payer mon abonnement, organisé une bonne vingtaine de voyage en GB (au passage ces têtes pensantes des « think tank » qui n’ont jamais été professeurs de collège, ont-ils la moindre idée du temps passé à organiser, du stress à accompagner un groupe de 50 ados pendant plusieurs jours, de la responsabilité que cela représente !!). Bien sûr que notre temps de travail est annualisé ! nous sommes toujours sur la brèche. Je ne lis pas un journal anglais, ne regarde pas un film en vo ni ne fais un voyage perso en Angleterre sans penser à ce que je pourrais en faire en classe .. Déformation professionnelle .. quant aux gens qui pensent que nous ne travaillons jamais assez, elle n’est pas que dans les ministères (voir hiérarchie interne, parents d’élèves et bien sûr médias !)

  3. Mauduit dit :

    je souscris à 100% à l’article de mr D. J’ai vécu et vis depuis 34 ans également, la même chose : mille réformes (jamais abouties), classes surchargées (en langue vivante ..), ordi personnel, temps privé de plus en plus grignoté par les « à-côtés » qui ne sont jamais pris en compte dans notre temps de travail,etc.
    Ces gens des « think tank » on-ils, par ex, accompagné un professeur de collège dans sa semaine de travail ? Ne serait-ce qu’une seule semaine … non, bien sûr, sinon ils nous épargneraient leurs théories fumeuses !

  4. Nicolas P. dit :

    Comme Charles D., je ne sais pas bien qui sont ces gens de l’institut Montaigne mais une brève visite de leur site, des parcours de leurs membres et de leurs soutiens (presque tout le CAC 40 : des banques, le groupe M6, Carrefour, Bolloré, Bouygues, Total …)laisse douter de leur « indépendance » déclarée. Je me pose des questions sur le socle idéologique à partir duquel ces « penseurs » nous assènent leurs expertises appuyées sur de belles statistiques bien abstraites. En tout cas, comme Mauduit, je ne doute pas qu’ils ne partent d’aucune expérience de terrain…

  5. Pepette dit :

    Le temps de travail des professeur des écoles est annualisé.
    Pourquoi pas celui des profs de collège et lycée?
    ça veut juste dire: plus d’heures sup, plus de conseils payés… puisque tout est compris dans le prix.
    L’idée n’est pas mauvaise du point de vue de celui qui paie.
    Et face aux collègues du primaire, ça s’appellerait la justice.
    Au fait, j’enseigne en primaire….

    • Jean-Michel dit :

      Comme dit Pépette, tout cela sent l’injustice mais à y regarder de plus près, l’injustice est une manière habile de réduire tous les citoyens à la portion congrue. Il suffit de les monter les uns contre les autres et ils finissent par s’entre déchirer et on pourra leur ôter le peu d’avantages qu’il leur restent. Le citoyen français, il est tout le contraire des politiciens français. Eux ils sont unis, solidaires … toujours d’accords pour voter des lois qui leur sont profitables. Allez enseignants du privé soyez unis, solidaires … ne vous laissez pas faire!

  6. Martine dit :

    Ras le bol de ces pseudo réfléchisseurs qui ne connaissent rien à l’enseignement. Il ne sont pas au service des élèves, ils sont au service d’eux même. L’institut Montaigne me fait bien rire. Moi je suis enseignante, je n’ai pas de temps à perdre à « réfléchir » à des idées fumeuses, bien installée au chaud, dans vos bureaux cosy, à profiter des largesses du système politique, quo-optée par mes copines du 16e … non moi je bosse. D’ailleurs appeler ces « réseaux » think tank prouve à quel point ils ont honte de ce qu’ils font. Pour embellir la chose rien de tel qu’un petit anglicisme pour noyer le peuple! Si ces braves gens avaient un jour été ne serait-ce que quelques heures face à nos bambins, ils auraient eu la décence de ne ne jamais « penser » ce qu’ils « pensent » .. et si je puis me permettre, vous n’avez jamais rien inventé en pédagogie sinon ça se saurait. Commencez donc par annualiser votre propre temps de travail!