stick (2)En modifiant l’âge de départ à la retraite le gouvernement a délibérément ignoré une demande forte du Snec-CFTC Enseignement Privé : reconnaître la pénibilité du métier d’enseignant.
Depuis très longtemps le syndicat chrétien avait fait de ce thème l’un de ces chevaux de bataille. Il ne fallait en effet pas être devin pour voir que le métier n’a cessé d’évoluer pour être ce qu’il est aujourd’hui : un métier pénible et stressant dans lequel la dimension humaine n’a cessé de perdre du terrain sur le numérique omniprésent et intrusif. Le gouvernement a fait pire, non seulement il n’a pas tenu compte de la pénibilité mais il a en plus allongé la durée de travail !
Avant, quand la classe se terminait l’enseignant emmenait chez lui les copies et préparait le travail du lendemain. Aujourd’hui après une journée de travail, il rentre chez lui, se connecte à l’intranet de son établissement (quand le système fonctionne ou ne se coupe pas à tout instant), répond aux mails (et quels mails !) des parents, des élèves, remplit le cahier de texte. Rappelons que seul le cahier de texte est obligatoire d’ailleurs ! Mais tout cela prend du temps et ce n’est qu’ensuite que nous pouvons commencer corrections et préparations.
Or la journée de l’enseignant est longue. Du matin jusqu’au soir il lui faut toujours être prêt, sans le moindre relâchement… sinon cela peut vite tourner à la catastrophe. Les élèves sont fatigants, parfois turbulents pour ne pas dire pire. Quand on enseigne, on ne s’arrête pas quand on veut pour aller aux toilettes, boire un café ou même fumer une cigarette, on attend la sonnerie!
Je connais des collègues, prof de philo en TL ou de maths en prépa, qui voient la retraite approcher avec inquiétude bien qu’ils aient encore le goût d’enseigner. Sans doute parce qu’ils ont affaire à de jeunes adultes. Moi, mes élèves sont collégiens et avec les années qui passent j’ai le sentiment d’avoir de moins en moins de patience. Je me demande si je suis encore aussi efficace que le premier jour. Cette remise en cause de ma pratique professionnelle serait bénéfique s’il y avait des perspectives réelles de réorientation de sa carrière. Dans les faits je n’en connais que très peu : devenir formateur ? chef d’établissement ? déchargé syndical ? Cela ne peut toucher qu’un nombre restreint de personnes et il n’y a pas d’ouverture vers d’autres administrations comme dans le public. Non ma carrière, une fois le concours réussi, est rythmée par les promotions et les visites d’inspecteurs. Elle se terminera par le pompon suprême de la GIPA si mon état de santé à 65 ans m’en laisse le loisir.
En plaisantant, je dis à mes collègues qu’il va falloir, si cela continue ainsi, créer des postes supplémentaires d’AVS mais pour accompagner les vieux profs à leurs cours ! Et vous, quel est votre sentiment ?

 

4 Responses to Je ne me vois pas enseigner jusqu’à 65 ans !

  1. Valérie dit :

    J’ai 45 ans, les enfants et les conseils à répétition m’usent. Je n’ai même plus la patience pour les miens. La retraite je n’y songe même pas et l’allongement des années à cotiser m’apparait comme une insulte au métier que j’avais choisi par passion.

  2. Bonnet Ivana dit :

    Je me vois tout à fait dans l’article, à tel point que j’aurais pu l’écrire ! J’ai 52 ans et plusieurs années de travail devant moi,car je suis entrée tard dans le métier. L’omniprésence des nouvelles technologies, pas toujours efficaces ni nécessaires d’ailleurs, est accablante. On est tiraillé entre les exigences techniques et le besoin d’humanisation. Les premières l’emportant toujours, je me sens mal dans ma peau et j’ai du mal à composer avec un métier que j’ai choisi par vocation et conviction. Ajoutons à ce constat le traitement que recevons les enseignants du privé, comme si nous étions des enseignants de seconde catégorie…

    • bernard dit :

      Bien d’accord sur les enseignantes de seconde catégorie…cela devient proprement insupportable, alors que nous montrons au moins autant d’énergie à travailler, et que nous avons des responsabilités bien souvent supérieures !!

  3. Bernard dit :

    Quelle description réaliste de la situation !
    Après 22 ans d’enseignement en 1er degré dont 17 en tant que chef d’établissement, j’ai l’impression d’avoir fait « le tour de la question » depuis un moment déjà !
    Que faire pour retrouver la motivation nécessaire ? Rien, absolument rien n’est proposé par les DEC…sinon un bilan d’orientation professionnelle qui n’aboutira à rien.
    NON, je ne vois pas en classe jusqu’à 65 ans !!!
    Il est tellement dommage que nous ne puissions pas mettre nos compétences acquises par l’expérience au service de notre dynamisme toujours présent !
    Je suis prêt à m’engager à nouveau…mais pas dans la seule direction proposée : « chef d’établissement » !!